Lorsque, par le décret du 7 juillet 1948, le gouvernement issu
de la Libération instaura un Conseil supérieur des Français de
l’étranger, il ne pensait sans doute pas que ce Conseil, plusieurs
décennies plus tard, resterait un modèle d’organisation politique
des expatriés.
Cette création visait à contourner les difficultés
constitutionnelles, politiques et diplomatiques d’une
représentation parlementaire directe, tout en témoignant de la
reconnaissance du gouvernement envers ces expatriés «trop
longtemps négligés»(1) qui avaient joué un rôle si éminent pour le
rayonnement de la France et la libération de son territoire.
L’audace et la générosité de cette création ne doivent pas être
sous-estimés. En atteste la réponse cinglante au voeu unanimeémis en 1950 par le Congrès des Belges de France demandant
l’instauration d’un Conseil similaire au CSFE : le gouvernement
belge indiqua alors qu’il serait «permis de douter de son utilité»(2)
et que l’organisation consulaire suffisait à la défense des intérêts
des expatriés. Aujourd’hui encore, les Belges expatriés n’ont pas
de représentation parlementaire ou consultative spécifique et
viennent seulement d’obtenir la possibilité de voter aux élections
nationales de leur pays (3).
La création du CSFE avait pourtant été accueillie avec une
certaine défiance. Lui étaient surtout reprochés (4) son statut
d’organisme consultatif auprès du seul ministre des Affairesétrangères, ses réunions intermittentes, entraînant une
déperdition d’influence entre les sessions et une absence de
reconnaissance par la presse et le grand public5. Ces limitations
restent d’actualité, même si son statut purement consultatif est
compensé par son association directe à l’activité législative, par
l’intermédiaire des 12 sénateurs élus en son sein et une audience
croissante auprès des pouvoirs publics et des administrations qui
apprécient son rôle de médiateur.
Il est intéressant de constater que ce sont des Etats ayant
une émigration importante vers la France (Espagne, Italie,
Portugal) qui ont été les premiers à s’inspirer du CSFE pour
créer des organismes comparables. Le CSFE est aujourd’hui la
référence incontournable en matière de structuration de l’espace
politique des expatriés. Un rapport adopté à l’unanimité par
l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe6 préconisait
ainsi la mise en place d’organismes consultatifs sur le modèle du
CSFE, première étape vers une véritable prise en compte des
droits politiques des expatriés à l’échelle nationale et européenne.
Une structure consultative de ce type est souvent une
première étape vers une représentation parlementaire. Ainsi
viennent d’être autorisés en Italie le vote direct et l’élection de 12
députés et 6 sénateurs7. Elle est aussi particulièrement adaptée
aux Etats dont l’ampleur de la diaspora constitue
paradoxalement un obstacle à une représentation parlementaire
directe. Elle est surtout un moyen de répondre à une
mondialisation dont le fait migratoire est devenu un élément clef,
et de mieux canaliser les énergies, le savoir-faire et le dynamisme
qui en résultent. Le CSFE, comme les autres organismes de ce
type, est un laboratoire où s’analyse tout ce qui a trait à
l’expatriation ou plutôt à la mobilité internationale. Car
l’expatriation a changé de nature. Elle est aujourd’hui de plus en
plus liée à une internationalisation des compétences qui s’inscrit
dans une stratégie de réussite individuelle mais est devenue
essentielle à l’essor culturel et économique de l’Etat
d’appartenance.
Le CSFE est un atout dans l’accompagnement et la
structuration de ces nouvelles formes d’expatriation. Mais il doit
aussi pouvoir relever les défis liés aux mutations provoquées par
l’Union européenne et susciter l’élaboration d’une vraie politique
européenne en matière de soutien à l’expatriation et de lutte
contre ces discriminations à rebours qui pénalisent les expatriés.
La France avait été un des premiers pays à prendre
conscience de l’importance stratégique de ses expatriés et à
adopter des mesures en leur faveur. A l’heure où la plupart des
Etats du monde s’attachent à renouer ou à intensifier les liens
avec leurs diasporas, il est indispensable que les expatriés
français et leurs représentants puissent développer leur action
grâce à des moyens adaptés aux enjeux de la mondialisation. Il en
va du renom et de l’influence de notre pays dans ce village global
dont les contours se précisent chaque jour un peu plus.
1 Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères à l’occasion de la
1ère réunion du CSFE 11 novembre 1948 au Quai d’Orsay
2 La Voix de France, N°38, mars 1950
3 Elections législatives belges ; 18 mai 2003
4 La Voix de France, N°28, février 1949
5 Archives diplomatiques, Recueil Cab. G. Bidault 1944-48 N°65
6 Doc. 8339, 5-3-99 (rapport du 9-06- 1997 de Joëlle Garriaud-Maylam)
7 Révision Art 48 Constitution et Loi Tremaglia du 27-11-2001, n. 459 ;
Gazzetta Ufficiale 5-01-2002
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