Les contrats et l’Euro ; Article paru dans le numéro 21 de notre magazine Trait d’Union

 

 

Votre mémo-guide pour bien comprendre l'Euro
Passage à l'Euro : incidences et vigilances…

 

 

 

La construction progressive de l'Europe repose sur la technique juridique du contrat qui prend la forme de conventions internationales et de traités.

Deux textes :  le règlement du 17 juin 1997 et celui du 3 mai 1998, d'application directe dans nos législations nationales, ont fixé les règles de l'adoption et de l'entrée en vigueur de cette nouvelle monnaie unique.

Si jusqu'à présent les échanges étaient freinés par l'existence de multiples étalons, par les  variations des taux de change, ces obstacles sur un marché qui représente 30% de la richesse mondiale sont en train de disparaître, tandis que depuis le 4 janvier 1998,  l'euro est devenu la monnaie officielle des onze pays de "l'euroland".

La Grande Bretagne n'en fait pas partie, mais cet état de fait est sans doute provisoire…

 

Utilisée par l'ensemble des établissements financiers pour les échanges commerciaux, les placements, cotations d'actions, obligations, libellés des emprunts, en un mot pour tout ce qui constitue les flux d'épargne et de placements, la monnaie unique est dans sa phase transitoire. Les expressions nationales de l'euro que sont devenues chacune des monnaies des onze subsistent en effet à titre fiduciaire,(billets et pièces), et restent de fait le seul moyen de paiement jusqu'au 1/01/2002.

 

Quelles sont donc les incidences à connaître et les vigilances à observer lorsqu'on réside à l'étranger ? Tel était l'objet d'une conférence-débat  en janvier dernier dans les bureaux du parlement Européen, avec Me Bertrand Chardon, notaire à Paris, qui a donné lieu à de nombreuses questions.

 

 

I - Le principe de la continuité des contrats;

 

Tous les actes de notre vie quotidienne et tous les contrats, même si le contrat est passé avec quelqu’un qui n’est pas membre de la zone euro, sont concernés par le passage à l'euro. (Trois Etats américains ont déjà décidé qu’ils reconnaissaient cette loi.)

 

Le principe de continuité de tous les contrats, de tous les instruments juridiques, c’est l’interdiction de rompre le contrat et l’obligation de respecter l’unité monétaire qui y était prévue.

Le franc n'étant qu’une subdivision de l’euro, la fongibilité est absolue entre le franc et l’euro. Ce sont deux unités d’une seule et même monnaie.

Il y a équivalence d’une référence à l’autre, et même pouvoir libératoire, c'est à dire que les paiements qui sont d’ores et déjà réalisés en France par chèque, virement ou carte bancaire peuvent être indistinctement libellés en francs ou en euros au choix du débiteur, dès lors que le paiement en monnaie scripturale par chèque est prescrit ou que les parties décident d’y recourir plutôt qu'au paiement en espèces.

 

En cas de déplacement à l’étranger, la conversion passe par l’euro. on ne peut, par exemple, changer directement ses francs en marks allemands. Il faut passer du franc à l’euro puis de l’euro au mark.

 

 

II  - Le principe des règles de conversion :

Pour convertir en euro un montant en francs : il faut diviser par 6,55957.

¨      Le taux de conversion : on arrondit au troisième chiffre après la virgule, au dessus de 5 ou en dessous de 5.

¨      La conversion se fait obligatoirement en multipliant ou en divisant la valeur à convertir par le taux.

 

 

III - Un certain nombre d’applications pratiques de ces principes appellent des vigilances  et des actions d'accompagnement.

 

1/ Vigilance sur certains éléments ponctuels des contrats, ex : les éléments susceptibles automatiquement de changer les contrats que sont les indices, les seuils, les taux.

a) Les indices : soit le passage à l’euro n’a pas d’incidence sur l’existence d’un indice, l’indice continue d’exister, on le maintient. (c’est le cas des loyers indexés sur le coût de l’indice de la construction) ;

¨      Si les parties veulent changer et ne tombent pas d’accord, évidemment ce peut être source potentielle de contentieux. C’est alors le juge qui décide mais on ne peut pas se servir de cette modification pour sortir du contrat.

¨      Si l’indice au contraire vient à disparaître, c’est le cas par exemple pour certains indices de référence monétaire comme le PEABOR qui est déjà remplacé par un taux qui s’appelle le RIBOR, la loi du 2 juillet 1998 prévoit une réponse nette: « la modification du fait de l’introduction de l’euro dans la composition de la définition d’un taux variable ou d’un indice auquel il est fait référence dans une convention, est sans effet sur l’effet de cette convention ».

 

b)  Les seuils

Il y a dans tous les actes des dispositions législatives réglementaires. Il est fait référence à des seuils qui sont créateurs de droits ou d’obligations et à des montants qui, lorsqu’on les franchit, imposent certaines obligations.

Ces seuils qui pour le moment sont exprimés en francs devront être exprimés en euros. Les ministères travaillent au toilettage de l’ensemble de tous ces textes, soit dans le cadre de dispositions balais, soit dans le cadre de mesures spécifiques.

Leur actualisation nécessite donc une vigilance et de s'informer.

 

c) Les taux d’intérêts variables: Ils reposent sur des références qui sont susceptibles d’être modifiées puisqu’ils sont basés sur des références en francs qui bien évidemment n’existeront plus.

Il y aura une substitution systématique des nouveaux taux aux taux en cours.

 

Un vrai problème : Il demeurera des disparités entre les différentes législations des différents pays, qui vont apparaître d’autant plus flagrantes. Les modes de calcul, taux actuariel, effectif global, (c’est à dire taux maximum,) ne sont pas du tout les mêmes dans les différents pays de la zone euro.

Par exemple la France est la seule à connaître une législation sur le taux d’usure.

Il faudra tôt ou tard procéder à une harmonisation des législations.

 

 

 

2/ Vigilance sur le libellé des contrats :

a)      L'unité monétaire :

En quelle unité monétaire devront-ils être rédigés? Aucune inquiétude puisqu’ils continueront à être valables quelle que soit la manière dont ils sont rédigés.

Remarque :L’écart entre les arrondis est de 3 décimales (trois chiffres après la virgule),

¨      Question : dès lors qu’il y a un écart monétaire chiffrable, aussi faible soit-il, est-ce qu’une des parties, éventuellement de mauvaise foi, pourrait dire « cet écart chiffrable entraîne une modification de la valeur de l’ensemble de l’équilibre prévu dans le contrat » . Est-ce qu’on peut trouver un moyen pour en sortir ? La réponse est claire : c’est non.

¨      Question  : Faut-il dire dans les contrats qu’on rédige qu’il y aura une continuité automatique de ces contrats, même si on change une monnaie, ou on substitue une monnaie à une autre ? Si on se réfère aux principes, il n’y a pas besoin d’inclure de clause de continuité. Cela va sans dire. Mais c’est possible de le préciser.

 

b) La durée d’exécution du contrat.

- Si le contrat est conclu pour une durée relativement courte, c’est à dire jusqu’au ler janvier 2002, bien qu’on ait le choix de la monnaie, le bon sens consisterait, puisque l’exécution se fera avant 2002, à libeller tout en francs.

- S'il doit y avoir une exécution longue, postérieure au ler janvier 2002, (il n’y a pas d’obligation) la question d’une éventuelle rédaction en euros peut se poser.

 

 

Ainsi la fameuse règle du « ni ni » ni obligation ni interdiction, devrait être « et/et ».

Et franc / et euro, pendant trois ans. D’ailleurs le double affichage en témoigne.

IV - Quelques exemples pratiques:

 

1 ) Prêts : Contrats conclus avant le ler janvier dernier : s’ils expirent avant 2002, le principe est donc l’exécution en francs, monnaie dans laquelle ils ont été libellés. S’ils expirent après 2002, principe inverse : la monnaie à ce moment-là sera obligatoirement l’euro. La libération devra se faire en euros, ce changement d’unité monétaire ne modifiant pas les autres clauses du contrat de prêt.

Les banques devront adresser de nouveaux tableaux d’amortissement. Il sera donc relativement prudent, dans l’année qui précède, soit en 2001, de demander de nouveaux tableaux d’amortissement parce qu’à partir du ler janvier 2002, c’est en euros qu’il conviendra de se libérer de ses obligations.

 

2 ) Les ventes avec rentes viagères

Actuellement si paiement en espèces, cela s'effectue en francs. Si paiement par monnaie scripturale ou par virement, le débiteur a le choix.

 

3) Pour les baux : même principe : S’ils sont conclus en francs avant 1999, ils sont exécutoires en francs sauf s’il y a des dérogations conventionnelles et possibilités de payer en euros si on le souhaite.

Les contrats qui vont être conclus entre la date d’aujourd’hui et le ler janvier 2002 :

Nous rejoignons les préoccupations des Associations familiales et des associations de consommateurs : le notariat s'est engagé au double affichage c'est à dire à indiquer la contre-valeur en francs d’un prix libellé en euros, et la valeur en euros d’un prix libellé en francs.

 

4) Pour une vente :.

Dans leurs actes, les notaires indiquent « la vente est consentie moyennant le prix de 100 Frs soit , à titre indicatif, la somme de X euros… »

 

5) Les contrats dits à exécutions successives. (les prêts, les rentes viagères) qui auront une période d’exécution postérieure au ler janvier 2002.

Il est préférable que les parties, sauf si elles préfèrent choisir le franc, expriment directement leur prix en euros pour toutes les obligations souscrites pour une durée qui s’exercera d’une manière prépondérante sous le régime de l’euro ».

A ce moment-là,  à titre indicatif peut figurer « la valeur en francs est de…. ».

 

 

 

V - Quelques conseils :

 

¨      Attention aux chèques libellés en euros: ne pas oublier que c’est la loi du pays d’où dépend la banque qui émet le chèque qui fixe les règles applicables à ce chèque. Avoir un chèque libellé en euros en France ne permet pas de bénéficier, par exemple de la loi sur les chèques sans provision, qui est beaucoup plus protectrice des consommateurs en France qu’elle ne l’est dans beaucoup de pays européens.

¨      Attention, lorsqu’on recevra des chèques en euros, sur une banque étrangère, ce n’est pas parce que l’euro sera devenue la monnaie nationale française que la loi française s’appliquera.

¨      Attention aujourd’hui il n’y a pas de monnaie papier (billets), ou de pièces, émise légalement . Il faut donc être très vigilants.

 

 

 

En conclusion, les notaires ont pris des engagements auprès des pouvoirs publics, d’explication et d’accompagnement. L'objectif étant de prévenir les risques d’erreur et d'encourager une familiarisation progressive avec l’euro.

C’est notamment dans cet esprit qu'ils ont suivi une formation et édité, en partenariat avec les Associations familiales et le Ministère des Finances, une petite brochure d'information intitulée : " Du Franc à l’Euro : réponses aux questions des familles". 

Cette plaquette est disponible en français et en Anglais, sur le site internet :

k       du Conseil Supérieur du Notariat : http://www.notaires.fr

k       et sur le site internet de Sources d’Europe : http://www.info-europe.fr

 

Aude de CHAVAGNAC

Administrateur du Conseil Supérieur du Notariat